Solange en train de dessiner

 

Après la mort de ma mère Solange j’ai récupéré 1537 dessins aux crayons de couleur dans des livres de brouillon. Des oiseaux sur presque tous les dessins ; de petits cadres aux fleurs décorent plusieurs pages. Les thèmes sont surtout pris dans les publicités des boîtes à lettres et de la télé. M. Laurent Danchin, spécialiste de l’art brut, a trouvé les dessins naïfs et émouvants.                       

Elle écrivait toujours en bas de page ce qu'elle avait dessiné. C’est « pour les gens, qui le verront un jour comprennent ce que j’ai fait » disait Solange qui n’avait jamais appris le dessin et qui s’est mise à dessiner à 70 ans.  Elle le faisait tous les jours  jusqu’à la fin de sa vie ; même quand elle était hospitalisée elle dessinait au dos des menus de l’hôpital que les soignantes lui procuraient.  Cloîtrée chez elle, elle a trouvé le moyen de s’envoler vers le monde extérieur. Sa vie n’a pas été toujours comme ça.

 Nous habitions un petit village sans commerces mais le mercredi elle prenait le car municipal pour aller faire ses courses.Diabétique et presqu’incontinente, un jour elle n’a pas pu se retenir dans le car. Les administrations ont rapidement réagi : ils l’ont exclue du car.  Je l'ai défendue avec un avocat mais sans aucun succès. Elle, tranquille, posait tous les jours le cahier sur ses genoux pour s’évader du quotidien ou pour dessiner ce qu’elle aimait mais aussi ce dont elle était privée. Pendant 6 ans elle ne me demandait que des livres de brouillon et des publicités des boîtes à lettres.

La maison de Solange

Puis...encore les administrations… Les gendarmes sont venus la chercher pour la mettre de force dans une maison de retraite. Ils m’ont demandé de la changer. Quand j’ai commencé à la déshabiller ils n’ont pas quitté la pièce. Je ne sais pas s’ils ont détourné le regard quand je l’ai mise toute nue. Elle disait souvent qu’ils avaient mal agi avec nous. Elle n’a jamais oublié cet événement. Après son décès un de ses très bons amis de longue date m’a confié qu’elle était morte de chagrin. Elle a laissé derrière elle ses sentiments de tous les jours...  

Pascal Noèbès (tél: 06 62 92 19 90)

 

 

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